“Rafael Correa, une nouvelle fois dans la cible”, article de Pedro Brieger reproduit à “Mémoire des Luttes”

“Dehors Correa. Non à plus d’impôts !”. C’est avec ces slogans que l’opposition continue de manifester, notamment dans les villes de Quito et de Guayaquil, contre les projets de lois du gouvernement visant à modifier la redistribution des richesses en Equateur. De son côté, à quelques jours de l’arrivée du pape François dans le pays, le président Rafael Correa a lancé un « dialogue national » sur cette question de la redistribution des richesses. Il a, dans ce cadre, reçu des représentants du monde des entreprises.
Mémoire des luttes publie l’analyse de Pedro Brieger, directeur du site d’information Noticias de America latina y el Caribe (Nodal).

A quelques semaines de l’arrivée du pape François en Equateur [1], le gouvernement de Rafael Correa fait face à la mobilisation de ses opposants. Cette fois-ci, la crise a été provoquée par un projet de réforme fiscale visant à organiser une nouvelle taxation sur l’héritage et un autre projet de loi concernant la taxation des plus-values immobilières. Selon le président Correa, l’objectif est de taxer de manière progressive le patrimoine hérité et d’empêcher l’évasion fiscale.

Même si seulement 2% de la population serait concernée par les nouvelles lois, l’opposition, avec le soutien des maires de Quito et de Guayaquil, a réussi à mobiliser les classes moyennes pour manifester leur rejet des lois, manifestations qui se sont poursuivies après le retour de Bruxelles de Rafael Correa, où il a participé au Sommet Communauté d’Etats latino-américains et caribéens (Celac) / Union européenne.

Le lundi 15 juin fut la journée clé. Dans la matinée, le président Correa a proclamé, depuis le palais du gouvernement, devant des milliers de personnes, qu’il maintiendrait le projet et a accusé l’opposition de vouloir le renverser en ayant recourt à la violence. La situation semblait si grave que le secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), Ernesto Samper, annonça via son compte twitter personnel que l’organisation s’opposerait fermement à toute tentative antidémocratique.

Cependant, le même lundi soir, lors d’une émission diffusée sur toutes les chaînes de télévision, le président a fait un pas en arrière et informé que le projet serait suspendu temporairement afin de préserver la paix dans le pays, et a proposé l’organisation d’un grand débat national sur la question de la redistribution de la richesse. Il a aussi défié l’opposition en lui proposant de mobiliser, tel que le prévoit l’article 105 de la Constitution, les signatures nécessaires pour obtenir l’organisation d’un référendum révocatoire contre lui. L’article en question stipule que « pour le cas de la présidente ou du président de la République sera requis le soutien d’un nombre non inférieur à 15% des inscrits sur le registre électoral » pour que soit organisé un tel référendum. Plusieurs dirigeants de l’opposition ont déjà annoncé leur décision de collecter quelque deux millions de signatures, soit plus du 15 % du nombre d’inscrits au registre électoral. Il y a 15 millions d’habitants dans le pays.

Depuis sa première élection en 2007, Rafael Correa a dû affronter de nombreuses protestations destinées à saper son pouvoir. Souvent elles ont été menées par la coalition de forces très dissemblables qui vont des partis historiques et des secteurs les plus puissants de la droite du pays, jusqu’à une partie des mouvements sociaux qui – paradoxalement – considèrent Correa comme un homme de droite. Soutenus par les médias traditionnels, ils poursuivent tous le même objectif : provoquer sa chute.

L’arrivée du pape François, début juillet, mobilisera des millions des personnes qui seront dans les rues pour le saluer. Le bras de fer politique actuel en Equateur le concerne, malgré lui.

Traduction : Rosa Gutierrez
Edition : Mémoire des luttes

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