La France et l’Amérique Latine

Où en est la politique franco-latine ?

Très peu commentée par les médias, la politique de la France à l’égard de l’Amérique Latine a pourtant été présentée comme un « axe prioritaire » de la diplomatie française pour le quiquennat Hollande.

Mais qu’en est-il réellement ? Cinquante ans après le voyage du Général De Gaulle en Amérique du Sud, au cours duquel il remporta un franc succès du à la fois à l’héritage du prestige français en Amérique Latine et au fait d’avoir “défier” le géant américain, les relations entre la Vème République et le continent latin ne semblent plus vraiment au beau fixe.

Ainsi, l’OPALC vous propose un dossier de suivi et d’analyse de la politique française sur le continent latino-américain depuis 2012, réalisé par Laurène Kiefer.

Il s’agit d’étudier, de comparer et de constater selon les domaines (politique, économique, culturel, environnemental etc.) mais également selon les différents pays qui composent ce vaste continent, l’avancée, ou non, des décisions et projets menés par les différents acteurs sur la scène internationale franco-latine.

Source photo présentation dossier : Association France Amerique Latine Toulouse. 

• Avant 2012 : un peu d’histoire politique

Charles De Gaulle (1959 – 1969) et son tour latino-américain : après un échec relatif de ses ambitions européennes, les priorités du Général De Gaulle changent de nature. Dès 1964-1965, la diplomatie gaullienne est de plus en plus orientée vers la recherche d’un dialogue Est-Ouest et, au-délà, vers l’affirmation d’un rayonnement de la France dans le tiers monde. S’ouvre alors l’impressionnante tounée du Général De Gaulle en Amérique Latine, avec une visite dans pas moins d’une vingtaine de pays latino-américains, pourtant “chasse gardée” des Etats-Unis. A cette occasion, c’est toute l’Amérique latine qui salua la volonté française de redevenir un pays souverain, libre et indépendant.

Georges Pompidou (1969 – 1974) et Valérie Giscard d’Estaing (1974 – 1981) : les relations entre la France et le continent latin restent bonnes mais ces présidences sont marquées par l’absence d’une politique latino-américaine bien définie.

Le contexte international évolue et c’est ce qui est, sans doute, à l’origine de la seule réelle inflexion entre De Gaulle et Pompidou : l’Europe. Pour ce dernier, l’attitude négative de la France dans le contexte de 1969 pouvait engendrer son isolement or, l’Europe lui est indispensable. Aussi, la construction européenne redevient une priorité, y compris politique, au détriment du continent latino-américain.

Pour autant, Giscard d’Estaing instaure par la suite le dialogue Nord-Sud (relations entre pays développés et pays en développement) pour promouvoir l’essor économique des pays émergents, qui reste tout de même très axé sur les relations franco-africaines, en ouvrant également les portes de la France aux réfugiés politiques des dictatures militaires latino-américaines.

François Mitterrand (1981 – 1995) : un tournant marqué par la montée en puissance de l’interaction et de la coopération entre politique étrangère française et politique étrangère Européenne vis-à-vis de l’Amérique Latine. En effet, les bonnes relations avec l’Amérique latine vont se détériorer au fur et à mesure que la France perd petit à petit de son influence mondiale avec l’Europe.

En 1981 par exemple, la France signe avec le Mexique une déclaration spécifiant que le mouvement de guérilla salvadorien FMLN devait être l’interlocuteur nécessaire pour toute recherche de solution politique au conflit civil qui déchirait le pays, le reconnaîssant dans une déclaration conjointe comme “une force politique légitime et représentative du peuple salvadorien“. En outre, il était également reproché au président français ses liens étroits avec le régime de Fidel Castro, au détriment de la lutte pour les droits de l’Homme.

Au cours de la même année, les 22 et 23 octobre 1981, Mitterrand fit l’un de ses premiers déplacements officiels à l’étranger pour se rendre à la “Conférence Nord-Sud de Cancun pour la Coopération internationale et le Développement”, destinée à sortir les pays d’Amérique latine du cercle vicieux de l’endettement. Il prononca à cette occasion un discours tiers-mondiste en soulignant la nécessité de modifier les termes de l’échange entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement. Malgré son caractère exceptionnel pour l’époque, cette conférence ne donna pas de suite et le Mexique se déclara en faillite un an après.

Outre cet aspect, la France “mitterrandienne” provoqua l’essouflement de l’influence française avec un certain alignement sur Washington, que supposait la construction d’une Europe fédérale (Traité de Maastricht ratifié en 1992 et transformant la CEE en Union européenne à vocation fédérale), engendrant dès lors un intérêt politique plus relatif de la part de l’Amérique latine pour la France.

Jacques Chirac (1995 – 2007) : pragmatisme et redéfinition des relations culturelles avec l’Amérique Latine. Dès le printemps 1997, Chirac entreprend un assez long voyage en Amérique latine dans l’optique de redorer le blason français. Le choix des pays visités dénote le registre résolument économique du voyage. Quatre des cinq pays visités (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) constituent l’un des blocs commerciaux le plus dynamique du continent latino-américain, à savoir le Mercosur (Marché commun du Sud). Malheureusement, cette réédition du voyage du Général De Gaulle de 1964 ne fut en réalité qu’une copie quelque peu mal exécutée, tant la France était déjà alignée sur les intérêts euro-atlantistes.

Conférence de presse de Jacques Chirac, bilan de son voyage en Amérique latine.

Nicolas Sarkozy (2007 – 2012) : La présidence de Sarkozy marque une rupture complète avec l’héritage gaulliste de recherche d’indépendance par rapport aux Etats-Unis. Aussi, l’Amérique Latine devient dès lors un enjeu occasionnel pour la France, marqué par une politique volontariste avec quelques pays clés considérés comme émergents et prioritaires (le Brésil avec des perspectives pour l’industrie d’armement via un partenariat stratégique avec Lula et le Mexique avec les intérêts des industriels français pour le pôle aéronautique de Calderon dans le Queretaro). C’est notamment l’alignement de Nicolas Sarkozy sur les exigences du complexe militaro-industriel américain (opérations en Afghanistan, Iran, Libye, Syrie) qui accentuera la dégradation de l’image, de l’influence et du prestige français en Amérique latine.

– Consolidation du double partenariat stratégique Brésil-UE et Brésil-France lors du 2ème sommet UE-Brésil à Rio de Janeiro en décembre 2008. De gauche à droite: Nicolas Sarkozy, le président brésilien Luis Inacio Lula da Silva et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Le quinquennat de Hollande

François Hollande (2012 – aujourd’hui) : c’est donc dans un climat quelque peu hostile qu’a débuté le quinquennat de M. Hollande. Pourtant, l’avènement de ce nouveau président, de surcroît socialiste, semblait être une opportunité rêvée pour calmer les tensions et resserrer les liens avec le contient latino-américain.

Le début de mandat de François Hollande et de son gouvernement a dès le départ été entaché par trois principales “maladresses” survenues à l’égard du continent latino-américain, et qui ont largement été relatées par de nombreux médias à l’époque. Force est de constater que ces “bavures politiques” ont, dans un certain sens, davantage terni le tableau de la politique franco-latine.

Fortement attendu au niveau international, puisque dans la continuité d’un cycle qui débuta en 1999 à Rio de Janeiro, le septième sommet CELAC-UE s’est déroulé les 26 et 27 janvier 2013 à Santiago au Chili. Il a notamment été consacré aux investissements et échanges commerciaux entre l’UE et l’Amérique latine (l’Europe étant l’un des plus gros investisseur en Amérique latine), mais également à la volonté de la France de faire partie de l’Alliance Pacifique pour viser les marchés asiatiques, éviter le protectionnisme et promouvoir le commerce entre régions.

F.Hollande, qui était très attendu en Argentine et au Chili pour faire avancer le débat, n’a finalement pas fait le déplacement, évoquant “un agenda extrêmement chargé” (en référence sans doute aux événements survenus au Mali). A sa place, le premier ministre Jean Marc Ayrault a été envoyé afin de représenter le pays, accompagné de Benoît Hamon ainsi que de Bernard Cazeneuve, à l’époque Ministre délégué aux Affaires européennes.

Point presse du Quai d’Orsay, qui s’efforce tant bien que mal de minimiser l’impact négatif du désistement du président français.

Deux mois plus tard, le 5 mars 2013 précisément, l’annonce du décès du président Hugo Chavez vient ébranler la communauté internationale. Bien qu’attendue, cette disparition semble encore irréelle pour beaucoup de Vénézuéliens.

Guidé par le libérateur Simon Bolivar, Chavez, qui incarnait quasiment à lui seul le “chavisme” et qui avait fait de la “révolution bolivarienne” le but de sa vie, a marqué ces quatorze années de présidence par son omniprésence politique tant au niveau national qu’international, son charisme, ses idéaux mais aussi son radicalisme. Beaucoup s’accordent à dire que l’admiration suscitée par ce personnage auprès d’une partie de son peuple valait au moins la haine et l’inquiétude qu’il générait pour l’autre partie.

Ainsi, il n’a donc pas été surprenant de constater une telle mobilisation pour les funérailles du leader socialiste vénézuélien. Ce qui a en revanche surpris, c’est l’absence de “hauts” représentants politiques français compte tenu des relations franco-latines, mais également face à l’important déplacement de personnalités et de chefs d’Etat et de gouvernement venus tout particulièrement pour la cérémonie.

L’hommage est donc resté minime côté français, avec l’envoi de Victorin Lurel, ministre des Outre-mer, qui fût chargé par le président “de représenter la France aux obsèques nationales de l’ancien président de la République bolivarienne du Venezuela”, comme indiquait le communiqué officiel. Ni le Président, ni le Premier ministre, ni le Ministre des Affaires étrangères n’ont donc assisté à l’événement, ce qui a été perçu comme une grande offense par certains vénézuéliens et dirigeants régionaux, qui ont condamné une “attitude indigne du gouvernement socialiste français”.

Mais le pire était encore à venir, avec le discours prononcé par M.Lurel en hommage au leader vénézuélien, dont le contenu a suscité de nombreuses réactions : la déclaration fût qualifiée de “faute politique” par la majorité comme par l’opposition (Jean François Copé ou encore Jean Luc Mélenchon), compte tenu de certains propos jugés déplacés pour l’occasion tels que “le monde gagnerait à avoir plus de dictateurs comme Chavez” ou encore la malheureuse comparaison de Chavez à De Gaulle ou Léon Blum…

Réactions internationales suite au décès d’Hugo Chavez.

Réactions françaises à la suite du discours de V.Lurel.

Plus récemment (le 4 mars 2015), le journal Le Parisien a fait paraître un article sur “l’après Chavez”, expliquant l’importante baisse du capital politique du chavisme, la profonde crise économique dont souffre le pays et l’impopularité croissante de Nicolas Maduro, au pouvoir depuis avril 2013. Cet article a alors suscité deux types de réaction bien disctinctes en France:

L’Express: “Le gouvernement du Venezuela fait sa pub: il s’agit surtout pour Maduro de surfer sur la popularité du défunt à l’heure où l’image humaniste que tente de projeter son gouvernement à l’international fait de moins en moins illusion”.

Le Figaro: “La France, pays des Lumières, de la Révolution et de Charles de Gaulle”.

Le dernier incident survenu au cours de l’été 2013 qui a davantage encore discrédité la France, ainsi que l’Italie, l’Espagne et le Portugal, fut le refus de laisser l’avion du président bolivien Evo Morales traverser leur espace aérien. Cet événement a été considéré comme l’un des cas les plus insolites de l’histoire du droit international. Le leader bolivien revenait alors d’un voyage à Moscou où il s’était entretenu avec Vladimir Poutine lorsqu’il apprit que son plan de vol ne se déroulerait pas comme prévu, au motif que son avion pouvait compter l’analyste américain en fuite Edward Snowden parmi ses passagers.

Le président bolivien a été contraint d’atterrir en urgence à Vienne et de rester sur place, cloué au sol contre sa volonté pendant 14 heures… Pour ce dernier, les explications “techniques” qui lui furent données n’étaient là que pour maquiller une décision politique prise dans les bureaux de Washington. Lors d’une conférence de presse donnée à l’aéroport autrichien, le président bolivien furieux a déclaré, en pointant du doigt les 4 pays européens qui avaient refusé à son avion le survol de leur territoire, qu’il “s’agit d’une erreur historique, d’une provocation (…) envers la Bolivie et toute l’Amérique latine, c’est une agression envers l’Amérique latine”.

Malgré le communiqué du porte parole du Quai d’Orsay en date du 3 juillet, qui faisait état des “regrets” émis par la France, cette dernière n’aura pas pour autant apporté de véritables “excuses formelles” à l’Etat bolivien, contrairement à l’Espagne qui présentait des “excusas” officielles le 16 juillet.

L’indignation gronde en Amérique latine et la Bolivie a su trouver un soutien infaillible de la part des organisations régionales du continent telles que la CELAC, l’OEA, le MERCOSUR, et l’UNASUR qui a fait part de “sa solidarité et de son indignation face à des actes qui ont mis en danger la sécurité de M.Morales et de son entourage”, indiquait un communiqué du ministère des Affaires étrangères du Pérou, qui exerçait la présidence tournante de l’organisation. L’ALBA a critiqué “une situation grave due à l’impérialisme nord-américain et ses alliés européens”.

La Paz a d’ailleurs adressé à l’époque une protestation officielle aux Nations unies, afin “d’entamer une procédure contre les responsables de cette violation du droit aérien, qui ont mis en danger la vie du président en l’empêchant de survoler les territoires de certains pays européens, ce qui n’arrive même pas en temps de guerre”.

Evoquant une “lourde faute politique et diplomatique”, les réactions et les vagues de protestation des gouvernements alliés sud-américains ne se sont pas faites attendre, puisque dans la nuit du 3 au 4 juillet 2013, plusieurs d’entre eux se sont prononcés à travers divers portes-paroles. La réaction la plus vive fut évidemment celle venant de Bolivie, où de nombreux manifestants se sont rassemblés afin d’extérioriser leur mécontentement et leur mépris au travers de slogans, jets de pierres contre l’ambassade de France ou encore par la mise à feu de drapeaux français…: les boliviens scandaient alors “France, fasciste, hors de Bolivie!” ou encore “France hypocrite, France colonialiste”.

Une colère également exprimée par de nombreux dirigeants latino-américains: le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a dénoncé sur son compte Twitter “une violation de toutes les règles d’immunité qui protègent les chefs d’Etats”, tandis que la présidente argentine Cristina Kirchner déclarait lors d’une cérémonie officielle à Buenos Aires “qu’un avion disposant d’une immunité absolue a été illégalement détenu dans la vieille Europe, ce qui constitue un vestige du colonialisme que nous pensions totalement dépassé. Ca n’a pas été seulement une humiliation pour la Bolivie, mais pour toute l’Amérique du Sud”. Le gouvernement chilien a quant à lui lancé un appel à éclaircir ce qui s’est passé, en demandant notamment à ce que soit respectées les normes du droit international, pendant qu’au Brésil, Dilma Rousseff demandait des excuses aux pays concernés, dont la France, en estimant que cet incident compromettait le dialogue entre les deux continents et les possibles négociations entre eux…

Outre ces aspects, il semble que, pendant un certain temps, l’Elysée et le quai d’Orsay aient concentré la majorité de leurs efforts sur d’autres préoccuations, dégradant ainsi peu à peu leurs relations diplomatiques avec le continent. Cela est notamment le cas avec la libération d’Ingrid Betancourt, détenue par la guérilla colombienne, ou encore avec l’affaire Florence Cassez, qui avait conduit à l’annulation de l’année du Mexique en France.

Pourtant, certains s’accordent à dire aujourd’hui que la France est sur la voie de la relance avec l’Amérique latine. Cette relance semblerait notamment du à des événements marquants tels que l’émotion suscitée par le décès d’Hugo Chavez ainsi que par la nomination d’un pape argentin, en la personne du cardinal de Buenos Aires, Jorge Mario Bergoglio, ayant pris le nom de François.

– Tour d’horizon des réactions dans le monde face à l’élection du pape argentin.

• Actualités

* ANNEE 2013

> Discours de Mr. Laurent Fabius sur le développement du partenariat France – Amérique Latine à la suite de son déplacement sur le continent (du 21 au 24 février 2013). Voyage notamment destiné à relancer la diplomatie française dans la région, trop souvent négligée au profit de la puissance émergente brésilienne.

Principaux éléments et objectifs du déplacement de Laurent Fabius en Colombie, Panama et Pérou.

> Bilan de la visite de Mr. Laurent Fabius en Amérique Latine par le porte parole du MAE (Paris, 1er mars 2013): http://www.franceoea.org/spip.php?article916

* ANNEE 2014

> Déclaration conjointe du président de la République et de la présidente de la Nation Argentine, Mme Cristina Fernandez de Kirchner, en mars 2014.

> M. Hollande était à Mexico les 10 et 11 avril 2014 pour la comméroration du cinquantième anniversaire de la visite triomphale du général De Gaulle au Mexique, mais également pour recréer un climat sain dans les relations franco-mexicains, sous tension depuis l’affaire Cassez. Le président français a repris pour l’occasion la célèbre expression du général qui voulait que les peuples mexicain et français marchent “la mano en la mano”. Le président et son homologue mexicain Enrique Pena Nieto ont alors signé une quarantaine d’accords dans divers domaines : éducation, santé, sécurité et énergie notamment, avec la volonté de “doubler les échanges entre les deux pays d’ici à 2017”.

Déclaration conjointe de M. Hollande et du président mexicain Enrique Pena Nieto.

Dans la foulée, Laurent Fabius a fait escale à Cuba le 12 avril à la suite de l’invitation du ministre des Affaires étrangères cubain, M. Bruno Rodriguez Parrilla. Cette rencontre, après 31 ans sans visites de la part d’un chef de la diplomatie française sur l’île, avait pour but notamment de “débloquer le dialogue politique” et par la même occassion, de renforcer les liens bilatéraux économiques entre les deux pays.

> Discours de Mr. Laurent Fabius à Paris le 21 mai 2014 suite au Forum économique France – Brésil.

> Discours de Mr. François Hollande le 28 mai 2014 aux entreprises d’Amérique Latine, à l’issue de la rencontre avec les chefs d’entreprises dans le cadre de la semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes (doc pdf)

– Rencontre avec les investisseurs latino-américains.

– Discours du président de la République à la suite de sa recontre avec les chefs d’entreprises  d’Amérique Latine.

> Discours de François Hollande lors de la semaine de l’Amérique Latine et des Caraïbes (sept. 2014).

 

> Déclaration conjointe du président de la République et du président de la Colombie, Mr Juan Manuel Santos, au cours d’une tournée européenne de ce dernier (novembre 2014).

* ANNEE 2015

> Nomination de Jean-Pierre BEL en tant « qu’envoyé personnel » de Mr. François Hollande en Amérique Latine (14 janvier 2015): Communiqué de presse, nomination de Jean Pierre BEL.

Ancien sénateur de l’Ariège et ancien président du Sénat, Jean-Pierre Bel a arrêté sa carrière politique pour se consacrer à sa nouvelle nomination par le Président de la République : ambassadeur de la France pour la zone Amérique Latine et Caraïbes. Dans la continuité du souhait de faire de l’Amérique latine et des Caraïbes une priorité de la politique extérieure de la France, et en accord avec le ministre des Affaires étrangères et du Développement international, il a par ailleurs été souligné que “dans le cadre de sa mission, M. Jean-Pierre BEL contribuera à promouvoir nos intérêts économiques et à encourager le renforcement de notre coopération universitaire, scientifique et culturelle dans les pays de la région”.

Déclaration conjointe du président de la République et du président colombien Mr Juan Manuel Santos lors d’une visite officielle en France (26 janvier 2015).

7 janvier 2015 – Attentats de Paris contre Charlie Hebdo. Etre ou ne pas être Charlie, le dilemme de l’Amérique latine (selon le site mexicain Ecomiahoy).

S’il y a bien un événement du début de l’année 2015 qui a particulièrement marqué les esprits, c’est sans nul doute les attaques terroristes (http://atelier.leparisien.fr/sites/Je-Suis-Charlie/) survenues sur le sol français contre le fameux journal hebdomadaire satirique Charlie Hebdo (http://charliehebdo.fr/   / https://charliehebdo.wordpress.com/).

Face au choc, les réactions ne se font pas attendre et sont quasiment unanimes dans le monde : très rapidement, les démonstrations de soutien affluent de toute part, avec une solidarité sans limite et une condamnation officielle et immédiate face à l’horreur des attaques qui ont fait 17 morts à Paris.

Que ce soit par messages électroniques, lettres, compte Twitter, appels ou autre, tous les chefs d’Etats latino-américains sans exception ont apporté leur soutien à leur homologue français.

Et pourtant, aucun chef d’Etat ne s’est déplacé pour l’occasion afin de témoigner personnellement et physiquement de leur solidarité. Beaucoup de pays latino-américains étaient représentés dans la marche républicaine du 11 janvier par leurs ambassadeurs (Argentine, Brésil, Chili, Costa Rica, Guatemala, Haïti, Uruguay, Venezuela…).

Plusieurs analyses montrent en effet une solidarité quelque peu limitée de la part de l’Amérique latine, en raison de différents facteurs tenant compte d’une lecture purement latino-américaine des événements : anti-impérialisme profond en Amérique latine, anti-USA et dans une plus large mesure, anti-européisme et anti-occidentalisme. D’aucuns ont souhaité mettre en perspective l’attentat survenu sur le sol français, en rappelant notamment le passé de « la France colonialiste ». Ils reprochent ainsi à la France de ne pas avoir réellement l’autorité morale pour parler de terrorisme criminel. On peut aussi mentionner la religiosité latino-américaine aux antipodes de la ligne éditoriale de Charlie Hebdo (« YoNoSoyCharlie » est apparu, comme argument qu’on ne peut pas tout dire). En effet, la liberté de la presse est au cœur d’interprétations divergentes révélatrices d’autres enjeux et d’autres conflits, selon les différents pays latino-américains. Une majorité de gouvernements en délicatesse avec leurs médias et journalistes, évitent alors d’invoquer dans leurs messages de soutien cette liberté fondamentale qu’est la liberté de la presse (Venezuela, Argentine, Equateur, Cuba : pays où les médias sont soumis à des lois strictes). De plus, culturellement parlant, certains regrettent des images jugées « offensantes » publiées par le journal français, dans une région où les caricatures, parfois provocantes, sont généralement moins mordantes. Il y a enfin une certaine relativisation par certains gouvernements (Argentine, Equateur) des attentas de Paris en les mettant en parallèle avec d’autres faits qui auraient mérité, de leur point de vue, la même attention. Notamment la condamnation des attentas et attaques des islamistes de Boko Haram survenus au Nigéria avec la même vigueur et la même conviction comme acte terroriste international.

SciencesPo


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