Pourquoi veut-on évincer le journaliste argentin Pedro Brieger ?

Le mardi 22 mars dernier le journaliste Pedro Brieger a été convoqué par la direction des Médias publiques télévisées et radiophoniques pour lui signifier l’arrêt de sa participation aux journaux d’informations. Pourquoi veut-on faire taire le seul journaliste à avoir gagné par deux fois consécutives le prix « Martin Fierro » pour son travail journalistique ?

Pedro Brieger, fondateur du portail NODAL est très connu en Argentine et en Amérique Latine. Il est aussi sociologue et spécialiste de questions internationales, titulaire de la chaire de sociologie du Moyen Orient de l’Université de Buenos Aires.

Mais il est surtout le journaliste qui, entre autres, a installé les thèmes sur la situation internationale depuis 12 ans pour le public argentin sans interruption. Tous les soirs pendant ces années les argentins ont pu accéder aux informations sur la situation dans le monde entier dans le journal télévisé, l’équivalent de notre « vingt heures ». Dans son programme « Vision 7 international » les samedis ont défilé des présidents, des ministres, des diplomates ce qui lui a valu une reconnaissance au-delà des frontières et son engagement depuis trois ans dans la chaine CNN.

Lors de sa convocation qui a duré vingt minutes, un des assesseurs de la direction lui signifie l’arrêt de son contrat à la télé, normalement valide jusqu’en décembre 2016 et qui, selon le journaliste ne connaissait rien de sa trajectoire ni même le nom de son programme « Vision 7 Internacional » que Pedro Brieger conduit tous les samedis.

Le même assesseur lui a confirmé qu’il était « viré » également de Radio Nacional bien que la directrice, nommée par le nouveau gouvernement lui avait confirmé sa présence dans le programme « Panorama informativo » tous les jours de 13 à 14h au lieu de deux fois par semaine, proposition que Brieger avait volontiers accepté.

Hernan Lombardi, ancien maire adjoint à la culture de la ville de Buenos Aires et actuel directeur du « Système fédéral de contenus et médias publiques » a soutenu le mercredi 30 mars dans un programme de télévision que Brieger « doit continuer, malgré sa vision « biaisée » de la réalité mais seulement les samedis ». Le journaliste qui l’a interrogé et qui ne partage pas la vision de Brieger lui dit : « évincer Brieger est une erreur car ce serait une grande perte pour le public, même s’il a une vision « biaisée ».

Pedro Brieger attend toujours une réunion au niveau ministériel qui lui a été proposé. Pour l’instant il continue son activité normalement et voici ce qu’il a dit publiquement ce jeudi 31 mars :

A l’heure où le président Mauricio Macri annonce « le retour de l’Argentine dans le monde » vouloir évincer justement celui qui a introduit dans les médias publics les thèmes et les analyses sur la situation internationale est plus qu’un paradoxe.

Cette nouvelle attaque contre les journalistes qui ne partagent pas la politique instaurée depuis le 10 décembre 2015 montre bien que les promesses de « pluralité » sont un énorme mensonge. La chasse aux sorcières et les actes de vengeance continuent, que ce soit dans le domaine des médias comme dans les domaines culturels et des droits de l’homme.

MediaPart