Haití: sectores sociales desconfían de alcances de la reforma ministerial

Haïti-Gouvernement : Des secteurs sociaux et politiques méfiants

A travers le remaniement ministériel, opéré le mercredi 2 avril 2014, le gouvernement n’envisage pas de veiller au respect des droits humains, ni à l’organisation d’élections libres et crédibles dans le pays, selon divers secteurs sociaux et politiques interrogés par AlterPresse.

Ce remaniement ministériel et l’amendement de la loi électorale, ayant conduit à la suppression des articles 58 et 62, le mercredi 2 avril 2014, sont deux actions qui montrent que ce gouvernement ne saurait inspirer confiance, indique Marie Frantz Joachim, coordonnatrice deSolidarite fanm ayisyen (Sofa).

Le titulaire du ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), Jean Renel Sanon, n’aurait pas dû être maintenu à son poste. Il n’inspire pas du tout confiance, vu les nombreux actes qu’on lui reproche, dont des libérations illégales et des actes de violations de droits humains, notamment de droits des femmes, critique Joachim.

Le maintien du ministre dans ce nouveau gouvernement vise à assurer la couverture des amis et proches du pouvoir en place, impliqués dans des cas divers de corruption, avance la Sofa.

Le quota de 30% des femmes bafoué

Le quota de 30 % des femmes, dans les espaces de décisions, n’est pas respecté dans ce nouveau cabinet, dans lequel il y a seulement 7 femmes ministres sur 23 et 3 femmes secrétaires d’Etat sur 20, soit 23 % de femmes au total, déplore, par ailleurs, Joachim.

Les articles, supprimés par les députés dans la loi électorale, faisaient obligation aux partis et regroupements politiques d’avoir au moins une femme dans les cartels des collectivités territoriales (Conseil municipal et Conseil d’administration de la section communale / Casec).

Huit organisations de femmes s’insurgent contre la suppression, par les députés, du quota de 30% dans la loi électorale, une mesure contraire à l’article 17.1 de la Constitution et aux conventions internationales, relatives aux droits des femmes et ratifiées par Haïti.

La nomination de l’ancien secrétaire d’Etat à la sécurité publique, Reginald Delva, comme ministre de l’intérieur et des collectivités territoriales, entend permettre au pouvoir de contrôler la machine électorale, dénonce la Sofa.

« Avec ce nouveau cabinet, nous craignons que le pouvoir fasse un coup d’Etat par les urnes », met en garde, pour sa part, le coordonnateur de l’Organisation du peuple en lutte (Opl), Sauveur Pierre Etienne, pointant du doigt la nomination de plusieurs anciens militaires des Forces Armées d’Haïti (Fad’h).

Cette militarisation du régime ne serait-elle pas un prélude à un coup d’Etat politique ?, s’interroge Pierre Etienne, qui avait paraphé l’accord du vendredi 14 mars 2014.

Les nouvelles élections sont annoncées pour le 26 octobre 2014.

« Si les autorités en place établissent un plan pour faire un coup d’Etat par les élections, le pays sera en crise. Et, tous les efforts, consentis à travers l’accord d’El Rancho, ne pourront point empêcher le tsunami politique », avertit le dirigeant de l’Opl qui dit ne pas souhaiter l’organisation des élections frauduleuses à l’instar des Duvalier.

Cette pratique de remaniement du cabinet ministériel apportera-t-elle une solution aux plaies du peuple haïtien ?, se demande l’organisation Consommateurs en action contre les abus et les fraudes en Haïti (Conacafh).

« Si aucun changement réel, dans les services offerts par l’administration [du président Joseph Michel Martelly et du premier ministre Laurent Salvador Lamothe] n’a jamais atteint le peuple haïtien pendant les trois années et demi passées, faut-il en espérer un pour les environs dix-huit mois restants de cette administration ? », s’interroge, sceptique, l’organisation Conacafh.

Plusieurs remaniements, déjà opérés au sein de ce gouvernement, n’ont pas permis, visiblement, de toucher les couches les plus vulnérables de la population, ni de leur favoriser l’accès aux services sociaux de base.

A travers un remaniement ministériel, opéré le mardi 22 janvier 2013, le gouvernement avait permis l’entrée en fonction de sept nouveaux ministres ainsi que de nouveaux directeurs.

Remaniement mal ciblé, reconductions insultantes, politique isolationniste et renforcement du néo-duvaliérisme ont été les mots utilisés par plusieurs secteurs pour critiquer le changement ministériel opéré le mardi 22 janvier 2013 par le pouvoir en place.

Le changement ministériel du 2 avril 2014 suit la logique de création d’emplois pour les amis et proches du pouvoir, au lieu de chercher à résoudre effectivement les besoins fondamentaux du peuple haïtien, estime l’organisation Conacafh.

Vers le renforcement des problèmes sociaux et dépenses publiques

La mise en place de ce nouveau cabinet vient renforcer les problèmes sociaux, existants dans le pays, en augmentant, de manière inutile, les dépenses publiques pour de nouveaux ministres et secrétaires d’Etat proches du pouvoir, renchérit, de son côté, Rosnel Jean Baptiste, coordonnateur de Tèt Kole Ti peyizan ayisyen, dans une interview accordée à AlterPresse.

« Ces nouveaux ministres et secrétaires d’Etat accepteront-ils de circuler dans leurs véhicules privés, ou vont-ils exiger de l’Etat un véhicule de services, ou continueront-ils à circuler dans celui de leur prédécesseur ? », se demande Jean-Baptiste.

Ce cabinet entend uniquement apporter « une réponse politique et non une réponse sociale, économique et culturelle pour la population », ajoute-t-il.

Le remaniement du 2 avril 2014 ne tient pas compte des vraies préoccupations du peuple haïtien, notamment du secteur paysan qui se sacrifie pour donner à manger à la population, fait-il remarquer, souhaitant beaucoup plus d’encadrement pour les agricultrices et agriculteurs marginalisés par le pouvoir.

Cela ne va pas résoudre grand’chose dans le secteur de l’éducation. Ce n’est pas un changement de politique, c‘est une tentative pour calmer la tension qui existe dans le pays, considère le coordonnateur de l’union des normaliennes et normaliens haïtiens (Unnoh), Josué Merilien, appelant à une plus grande mobilisation pour changer la situation.

« Nous allons voir s’il y a une rupture avec le système de corruption, installé dans le ministère de l’éducation », avance Mérilien, souhaitant des mesures dans l’immédiat dans la direction inverse.

A l’image de l’Unnoh, les syndicats d’enseignantes et d’enseignants ont multiplié les manifestations en janvier 2014, sans obtenir de réponses satisfaisantes à leurs revendications basées sur la demande de meilleures conditions de travail.

http://www.alterpresse.org/spip.php?article16258#.U0PFlfl5Pvw